La fièvre hémorragique virale d’Ebola est une maladie d’origine animale transmise à l’homme par contact direct avec des animaux infectés vivants ou morts, et plus spécifiquement avec leurs fluides corporels. Une caractérisation génétique et antigénique des virus Ebola isolés lors d’épisodes humains a conduit à identifier quatre sous-types — Ebola Sudan, E. Zaire, E. Ivory Coast et E. Reston. Ebola Reston provient d’Asie et n’a jamais été rapportée être reponsable de maladie chez l’homme, mais les trois autres sous-types circulent sur le continent africain et sont pathogènes pour l’homme, provoquant une maladie spécifique de fièvre hémorragique. Après une période d’incubation d’à peu près 12 jours, les victimes sont victimes rapidement de fièvres élevées, de diarrhées, de vomissements, de désordres respiratoires et hémorragiques. La mort s’ensuit en quelques jours. Le taux de mortalité est d’environ 80% avec E. Zaire et de 50% avec E. Sudan (Pourrut & al., 2005).
Le premier épisode enregistré d’Ebola s’est produit au Soudan (sous-type nommé Ebola Sudan), à la frontière avec la République Démocratique du Congo, entre juin et novembre 1976. Un second épisode s’est produit dans la même région 3 ans plus tard, entre juillet et octobre 1979. Entretemps (août et novembre 1976) un épisode du à E. Zaire s’est dérouléen RDC, aux frontières du Soudan et de la République Centrafricaine. Cette maladie auparavant inconnue reçu le nom de la rivière Ebola qui coule à Yambuku (épicentre de l’épidémie en RDC). E. Zaire fit une deuxième apparition mais plus restreinte (un seul cas enregistré) en RDC en juin 1977.
Après une période de quinze ans sans aucun nouveau cas enregistré, Ebola réapparaît en 1994 pour une période de trois ans. Cette nouvelle phase a été marquée par l’identification d’un nouveua sous-type, E. Ivory Coast, et par une accélération des épisodes dus à E. Zaire. Une épidémie d’Ebola fut observée chez les chimpanzés du Parc national de Taï (Côte d’Ivoire) en juin 1994 (Formenty et al., 1999), et une éthologiste devint malade après avoir autopsié un chimpanzé trouvé mort en forêt de Tai. Ce fut le premier et seul cas humain case observé en Afrique de l’Ouest, et aussi le seul cas clairement attribué à E. Ivory Coast. 25 % des 43 chimpanzés faisant partie de la communauté étudiée furent identifés comme étant décédé suite au virus (Formenty et al., 1999). En ce qui concerne E. Zaire, le premier épisode de cette période eu lieu dans la ville de Kikwit, à environ 500 km de Kinshasa (RDC), alors que trois autres se produisirent dans le nord-est du Gabon: à Mekouka entre 1994 et 1995, à Mayibout au début de 1996, et à Booué entre 1996 et 1997. Quoiqu’il n’y ait pas de preuve ont suspecte que ces épisodes humains soient associés à l’enregistrement d’un déclin important de l’abondance des grands primates dans la forêt de Minkebe (Huijbregts & al., 2003). En effet, Lahm (2000) rapporte une diminution de 90% des gorilles et de 98% des chimpanzés par rapport à ses observations antérieures dans la même zone, avant les épidémies d’Ebola de 1994 et 1996.
Depuis 2000, de multiples épisodes de E. Zaire se sont produits dans une zone relativement limitée: la région frontalière entre le Gabon et la République du Congo. Une succession d’épisodes se sont produits à Mekambo et Makokou, au Gabon (octobre 2001); dans les villages d’Ekata et d’Olloba, en République du Congo (novembre-décembre 2001). Ensuite le district et le village de Mbomo, RC (entrée du Parc National d’Odzala) a souffert de 3 épisodes successifs : mars 2002; décembre 2002-mai 2003; et octobre-décembre 2003. L’origine de ces épisodes est bien documentée, et tous (certains ayant des sources multiples) se sont produits après que des gens aient manipulé des cadavres d’animaux trouvés en forêt (principalement des gorilles, des chimpanzés et des céphalophes). Dans le Sanctuaire de Lossy (Sud de Mbomo), 91% des gorilles reconnus individuellement dans les groupes étudiés par Bermejo (143 individus au total) ont dispparus entre octobre 2002 et janvier 2003; et 95.8% des individus des nouveaux groupes suivis furent tués (par la maladie?) entre octobre 2003 et janvier 2004 (Bermejo & al., 2006). En extrapolant à partir des transects de surveillance qu’ils ont menés, Bermejo et ses collègues concluent qu’environ 5000 gorilles ont succombé à l’épidémie en cours dans les 2700 km2 qui entourent le sanctuaire de Lossi. Plus au nord, dans le Parc National de Odzala, le virus Ebola est apparu sur les sites d’étude de Lokoué en décembre 2003. L’épidémie y a persisté presque une année et tué environ 95% des quelques 377 gorilles identifiés individuellement parmi ceux qui fréquentaient la clairière (Caillaud et al., 2006). Devos & al., (soumis) rapportent que, dans les forêts avoisinantes, les taux d’observation des nids de gorilles et de chimpanzés ont diminué de 80 à 85%.
Cette période a aussi vu la résurgence de E. Sudan, en Ouganda entre octobre 2000 et janvier 2001, ainsi qu’au Soudan, à proximité des sites d’apparition de 1976 et 1979, en mai-juin 2004.
Il y a eu 13 apparitions de cas humains depuis la découverte du virus Ebola en 1976 en Afrique (neuf dues à E. Zaire et quatre dues à E. Sudan) et deux cas isolés (dus à E. Zaire et E. Ivory Coast). Ces épisodes se sont produits en trois périodes distinctes (trois entre 1976 et 1979, quatre entre 1994 et 1997, et six entre 2000 et 2004). Au total, le virus Ebola a infecté environ 1850 personnes et causé la mort de 1300 d’entre elles. Les différents sous-types de virus Ebola montrent une certaine répartition géographique, E. Ivory Coast affecte l’ouest de l’Afrique, E. Sudan l’est de l’Afrique, et E. Zaire l’Afrique centrale. Les réapparitions récurrentes de E. Zaire depuis le milieu des années 1990 au Gabon et en République du Congo ont été les plus suivies et ont apporté des indices sur les liens entre mortalités humaines et celles de la faune sauvage. Simultanément, lors de chaque épisode affectant des hommes, les populations de singes du voisinage ont expérimenté des déclins massifs d’effectifs, avec dans certaines forêts des populations de singes diminuant de plus de 90% en juste quelques années ou mois (Huijbregts et al., 2003; Walsh et al., 2003; Bermejo et al., 2006; Caillaud et al., 2006; Devos et al., soumis). Quatre populations suivies de singes sont connues pour avoir été affectées et/ou avoir été décimées par le virus (chimpanzés de la forêt de Tai; les deux grands primates de la forêt de Minkebe, du sanctuaire de Lossi et du bai de Lokoué). Les chiffres données sont alarmants avec par exemple, l’épisode de Lossi autant de gorilles morts que le total de ceux qui survivent dans l’entièreté de la population des gorilles de l’est (Gorilla beringei sl). Et Lossi ne représente qu’une petite fraction des gorilles de plaines de l’ouest tués lors de la dernière décennie par E. Zaire. En raison de la difficulté de détecter l’apparition de maladies chez les animaux sauvages (idéalement les populations locales doivent être suivies avant, durant et après un évènement épidémique pour que les changements d’effectifs puissent être détectés), il est donc très probable que d’autres mortalités parmi les mammifères de forêts tropicales se soient produits mais soient resté non détectés, ce qui signifie que les faits maintenant connus ne sont très probablement qu’une sous représentation de l’impact réel du virus Ebola sur les animaux sauvages. On peut craindre que la dispersion du virus continue parmi les populations d’animaux sauvages. Les chercheurs ne savent toujours pas pourquoi et comment le virus Ebola est apparu de façon si explosive ces dernières années: est-ce que le virus est dormant dans un réservoir naturel– une espèce forestière qui peut porter le virus sans en être affecté de manière mortelle? Des chauves-souris ont été suspectées d’être de tels porteurs sains (Leroy et al., 2005). Et si c’est le cas, quels sont les paramètres environnementaux qui conduisent à ces apparitions ? (dégradation de l’habitat, changements climatiques,… ?) Où est-ce que le virus est principalement dispersé à partir d’un singe infecté par ses contacts?
Bien que les deux mécanismes de dispersion puissent probablement jouer un rôle les évidences que les singes se passent effectivement le virus de l’un à l’autre sont de plus en plus nombreuses (Walsh et al., 2007): au sein d’un groupe social, entre groupes sociaux et même entre espèces. La menace sur les populations de singe vivant dans des forêts contiguës est donc très forte puisque la transmission de singe à singe agit comme un amplificateur d’Ebola. Les mesures de contrôles doivent être prises aussi tôt que possibles pour éviter que ces populations de singes autrefois répandues et abondantes ne se voient réduites à de petites populations résiduelles.
(Carte d’après Pourrut & al., 2005: épisodes humains des différents sous-types du virus Ebola)
(Carte d’après Vogel, 2006)
