Découverte de huit nouvelles espèces de souris ! - page 2
Loin des yeux, loin des gènes
Le groupe d’espèces Lophuromys flavopunctatus THOMAS, 1888 s.l. species complex regroupe les « souris à fourrure en brosse mouchetées » d’Afrique, répandues du nord-est de l’Angola jusqu’en Éthiopie, en passant par le Congo méridional, le Mozambique septentrional, la Tanzanie, le Burundi, le Rwanda, le Congo oriental et septentrional, l’Ouganda et le Kenya méridional. Les espèces éthiopiennes sont géographiquement séparées des autres par des plaines arides.
Jusqu’à présent, on connaissait 23 espèces de ces souris à poils en brosse mouchetées et les découvertes récentes du team ajoutent pas moins de huit nouvelles espèces. La répartition plutôt irrégulière de ces espèces fait supposer aux scientifiques qu’elles sont probablement le résultat de ce qu’on appelle une « spéciation allopatrique ». Cela signifie que les descendants d’une même espèce ont été séparés par une barrière infranchissable et ont ensuite évolué différemment, devenant des espèces distinctes. Ce phénomène caractérise notamment les populations de régions voisines, séparées progressivement les unes des autres par des régions intermédiaires arides. Ces mammifères ne proliférant que dans des habitats humides, il n’y a plus aucun échange génétique – ou seulement dans une mesure très réduite – entre ces régions isolées.
Connaître pour protéger
Pourquoi Erik et ses collègues scientifiques veulent étudier ces mammifères et leur répartition ? En Afrique orientale, la biodiversité est menacée dans de nombreuses régions critiques, notamment dans les montagnes de l’Arc oriental (qui s’étendent de la Tanzanie vers le Malawi et le Mozambique) et dans les massifs montagneux d’Éthiopie. Le changement climatique est une des causes, l’expansion vitale des terres agricoles en est une autre. Cette dernière devrait être soigneusement réfléchie. Des études détaillées démontrent que les souris vivant sur les versants de montagnes voisines n’appartiennent pas à la même espèce et jouent toutes un rôle dans un système plus vaste. Dans cette région on trouve aussi un caméléon endémique et même un petit singe endémique.
Une meilleure connaissance de la présence d’espèces endémiques dans ces régions (on dit qu’une espèce est endémique lorsqu’on la rencontre uniquement dans une région déterminée), qu’elles soient nombreuses ou non, contribuera considérablement à l’élaboration de programmes de suivi de la diversité des mammifères dans cette région.
Vous voulez en savoir plus sur cette découverte? Envoyez un mail à Erik Verheyen pour recevoir les textes complets des publications scientifiques reprises ci-dessous.
Verheyen,W.N., Hulselmans, J.L.J., Dierckx, T., Mulungu, L., Leirs, H., Corti, M. & Verheyen, E. The characterization of the Kilimanjaro Lophuromys acquilis TRUE 1892 population and the description of five new Lophuromys species (Rodentia, Muridae), Dans: Bulletin de l'Institut royal des sciences naturelles de Belgique: biologie, 77(2007), p. 23-76.
Lavrenchenko, L.A., Verheyen, W.N., Verheyen, E., Hulselmans, J. & Leirs, H. Morphometric and genetic study of Ethiopian Lophuromys flavopunctatus THOMAS, 1888 species complex with description of three new 70-chromosal species (Muridae, Rodentia), Dans: Bulletin de l'Institut royal des sciences naturelles de Belgique: biologie, 77(2007) p. 77-118.