Les régions polaires : les témoins de l’avenir
Suspense à bord du Polarstern ...
Le vendredi 18 mars 2005 au soir nous finissions la station comme d'habitude par le retour des nasses qui se trouvaient à une profondeur de 3337 m. Au fil de la journée, le brouillard s'est épaissi et la couverture de glace très lâche au départ s'est resserrée. Enfin, le moment de la récupération s'est trouvé retardé et nous sommes maintenant proches de la tombée de la nuit. Bref, les pires conditions que l'on puisse attendre!
Quand nous sommes arrivés à la verticale des nasses, le signal est envoyé depuis la passerelle par le système Posidonia et nous suivons la remontée des nasses à 0.7 m par seconde. Les conditions en surface deviennent critiques mais nous n'avons pas le choix! A 20 m de la surface nous perdons le signal (c'est normal) mais nous savons exactement où elles doivent apparaître, juste devant nous , à 100 m du bateau. Par une chance extraordinaire, juste à ce moment-là, le brouillard se lève droit devant nous, pas ailleurs, comme pour nous faciliter la vie! Quelqu'un annonce que les nasses doivent maintenant être en surface. Toutes les paires d'yeux présentes scrutent la surface de l'eau, mais rien! Il y a deux ou trois glaces flottantes dans la zone et la conclusion devient évidente: elles ont dû se planter sous l'une deux! En particulier il y en a une de très épaisse juste devant qui paraît être le suspect numéro un. Le capitaine aux commandes met alors consciencieusement la glace flottante en pièces en quelques allers-retours du bateau, avec une précision suisse. Rien! Nous envoyons alors sur le pont devant une équipe avec la télécommande classique qui, vu la courte distance, devrait nous donner un signal permettant de connaître la distance entre le bateau et le petit appareil acoustique sur les nasses. Mais rien, pas de réponse.
Il commence à faire noir et les giga-projecteurs du Polarstern sont allumés. Le suspense est à son comble et je commence à faire mes calculs du coût de cette mission, deux trains de nasses… et à me dire que pour le moment, à toutes les stations prévues (il en reste 5), nos nasses sont déjà à l'eau! Le chef d’expédition propose alors le dernier recours : le bateau va faire des cercles autour de l'endroit présumé de sortie. Mais dans les manœuvres nous avons perdu la trace des glaces flottantes potentiellement suspectes ... Donc c'est foutu! Le second qui dirige toujours les opérations de récupération des nasses sur le pont enlève d'ailleurs sa combinaison. Le bateau commence lentement à tourner, par acquit de conscience.
Soudain, dans la radio, un hurlement, « sie sind da! ». A la passerelle, le « tuut » du détecteur des signaux radio vibre, preuve qu'elles sont à la surface. Je cours à tribord : je n'en crois pas mes yeux: je vois les bouées jaunes! La cage était plantée sous une bête petite glace flottante de rien du tout. Le Polarstern l’a cassée en passant dessus par pure chance!
Les nasses étaient très peu remplies : le temps sur le fond était trop court (17 h) et les animaux les plus mobiles ont dû s'échapper! Mais nous avons terminé la soirée au champagne!
Amitiés polarsterniennes,
Claude