Les régions polaires : les témoins de l’avenir
Les régions polaires sont depuis longtemps des destinations privilégiées pour les aventuriers en mal d’expédition. Mais alors que les voyageurs polaires d’autrefois exploraient des territoires étrangers et inconnus, le pôle Nord et le pôle Sud sont aujourd’hui le lieu le plus en vue de la recherche climatologique, glaciaire et biologique sur les effets du « changement global ». Les dernières décennies, le terme « changement global » regroupe les hausses de températures, l’effet de serre, les rayonnements UV et autres conséquences de la société industrielle ces dix dernières années.
Ce qui est important est que les régions polaires réagissent bien avant les autres aux changements climatiques. « Les régions polaires sont les plus sujettes au réchauffement, bien plus que les autres régions. Nous y observons déjà maintenant de forts changements » nous explique Claude De Broyer.
Effets sur la flore antarctique
« La végétation est un bon exemple. J’ai visité King George Island (située sur la Péninsule Antarctique) pour la première fois en 1986. Il n’y avait alors sur King George Island que peu de végétation: quelques rochers, un peu de lichen et deux sortes de plantes à fleurs, l’une étant une herbe et l’autre une plante grasse, et toutes deux très rares. Actuellement, à peine 20 ans plus tard, de nombreux autres lichens et plantes sont apparues sur l’île. Elles forment même des tapis verts, un phénomène que vous n’auriez jusque-là jamais pu voir.
Ceci est un exemple que l’on peut observer très clairement aujourd’hui. Mais il existe bien d‘autres témoins de ces variations climatiques. A côté du réchauffement de la planète, le problème du trou dans la couche d’ozone, avec pour conséquence l’augmentation des rayons UV-B, est lui aussi important. Les UV-B sont des rayons lumineux ultraviolets à courte fréquence et sont les plus dangereux pour la vie. Les UV-B ont une influence sur la diversité et la composition du phytoplancton jusqu’à une profondeur de 30 mètres, c’est-à-dire les algues et autres plantes microscopiques qui constituent l’alimentation de base de toutes les formes de vie aquatique.
Claude De Broyer : « Les espèces qui composent le phytoplancton n’ont pas toutes la même sensibilité aux UV-B. Les cellules de certaines espèces contiennent des substances qui les protègent. D’autres espèces sont quant à elles très sensibles et peuvent ne pas survivre à cette augmentation du rayonnement UV-B. De ce fait, la composition du phytoplancton se modifie. Dans la mesure où il se situe à la base de la pyramide alimentaire, la diminution du phytoplancton peut influencer l’ensemble de la chaîne alimentaire ».
Les biologistes qui effectuent des travaux de recherche dans l’Antarctique ont remarqué que la composition du phytoplancton se modifie, mais aussi que la quantité de phytoplancton produite chaque année diminue fortement. De tels effets n’ont encore été constaté nulle part ailleurs à travers le monde. C’est ce qui rend la recherche dans les régions polaires si intéressante : les effets des variations climatiques peuvent déjà y être observés.