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Modirisk : la biodiversité des moustiques

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Wouter DekoninckVous êtes dans votre lit, sur le point de vous endormir quand vous entendez soudain un vrombissement irritant près de votre tête : un moustique vient perturber votre sommeil. Wouter Dekoninck, spécialiste des insectes, connaît le coupable: « Il s’agit très probablement du moustique commun ou Culex pipiens. Cette espèce de moustique, de loin la plus courante en Belgique, est responsable d’à peu près toutes les piqûres de moustiques chez les humains. »

On rencontre cependant de nombreuses autres espèces de moustiques dans notre pays, mais jusqu’il y a peu, on ne savait que très peu de choses à propos de leur biodiversité.

« La biodiversité des moustiques n'a plus fait l'objet de recherches scientifiques depuis les années quarante, explique Wouter. Il y a deux ans, nous avons démarré le projet Modirisk pour dresser l’inventaire des espèces vivant en Belgique. » Les scientifiques de Modirisk voulaient évaluer le statut des espèces autochtones, mais ils souhaitaient surtout savoir si l’on trouve aussi des espèces exotiques dans notre pays. La circulation internationale croissante des marchandises et des personnes permet en effet aux espèces exotiques de se répandre plus facilement. Le réchauffement climatique peut aussi contribuer à l’introduction de moustiques tropicaux dans nos régions. Celle-ci peut avoir des conséquences importantes, ces espèces exotiques étant parfois vecteurs de maladies telles que la malaria.

Pour pouvoir capturer les moustiques, les chercheurs ont utilisé des pièges spéciaux, qui fonctionnent au propane, transformé en eau, en CO2 et en chaleur. « Les moustiques localisant leur proie grâce à la température du corps et au CO2 expiré, sont attirés irrésistiblement par les pièges, explique Wouter. Une troisième méthode de détection de leur proie passe par l’odeur. L’odeur corporelle varie d’une personne à l’autre, ce qui explique pourquoi certaines personnes sont souvent piquées, alors que d’autres ne le sont presque jamais. Par ailleurs, seules les femelles sucent le sang, parce qu’elles ont besoin des protéines avant de pondre. Le régime alimentaire strictement végétarien des moustiques mâles est composé de nectars et autres jus de plantes. »

« Après trois années de capture intensive à plus de neuf cent endroits différents, tant en ville que dans des régions agricoles et dans la nature, nous savons désormais que la Belgique abrite au total 30 espèces différentes de moustiques, explique Wouter. Certaines espèces sucent seulement le sang des grenouilles et des crapauds, la plupart des autres espèces sont moins délicates et piquent aussi les oiseaux, les rongeurs ou les humains et d’autres grands mammifères. Nous avons observé clairement que certaines espèces vivent uniquement dans les bois, alors que d’autres hibernent dans les maisons et vivent donc surtout dans les zones urbaines. Nous avons pu constater également que deux espèces exotiques, toutes deux d’origine asiatique, vivent dans notre pays aujourd’hui. Elles sucent le sang humain, mais ne sont pas très agressives. Elles sont cependant potentiellement porteuses de virus pouvant provoquer, dans certains cas, une forme mortelle de méningite chez l’homme. Heureusement, on ne rencontre pas ces virus en Belgique pour l’instant. Il n’y a donc aucune raison de paniquer. Grâce à Modirisk, nous serons bientôt capables d’évaluer correctement le risque d’émergence de telles maladies et d’aider les autorités à prendre les mesures de lutte adéquates en cas de nécessité. »

 
Dernière modification : 23 novembre 2009