Le premier parc éolien devant la côte belge a été construit à la fin du printemps 2008. Les six éoliennes fournissent non seulement beaucoup d’énergie verte, elles créent aussi de nouveaux milieux de vie. Les fonds de la partie belge de la mer du Nord sont en effet essentiellement composés de sol sableux mais, au pied des éoliennes, ils sont plus durs et attirent donc des espèces qui préfèrent vivre sur ce type de sol. D’autres espèces s’installent aussi directement sur les éoliennes et à proximité, engendrant une biodiversité accrue. Il s’agit cependant de savoir si cette biodiversité doit être accueillie positivement.
Francis Kerckhof, chercheur de notre département Gestion des écosystèmes marins (UGMM), surveille la colonisation des socles des nouvelles éoliennes.
« Les substrats durs attirent des espèces qui ne vivent normalement pas dans la partie belge de la mer du Nord. D’une part, certaines espèces provenant de la Manche, où elles vivent sur des rochers, sont emportées par le courant. D’autre part, des navires parcourant nos voies navigables très fréquentées apportent des espèces exotiques, provenant d’autres continents, qui prospèrent ici, notamment grâce au réchauffement de l’eau. On a, par exemple, ainsi trouvé des espèces originaires d’Amérique du Sud. »
Jusqu’à présent, les scientifiques ont dénombré 49 espèces au total, dont quelques espèces animales allochtones, telles que la balane néo-zélandaise et le chironome T. Japonicus, qu’on rencontre normalement en Australasie et le long des côtes est de l’Amérique. Ces nouvelles espèces peuvent menacer la biodiversité locale, par exemple parce qu’elles mangent les espèces présentes ou entrent en concurrence avec elles pour s’emparer de la nourriture et de l'espace. Dès qu’une telle espèce devient une menace, on la considère comme « invasive ».
« L’huître japonaise est un bon exemple d’espèce invasive. Au fil du temps, celle-ci peut former de véritables récifs dans une zone normalement constituée exclusivement de bancs de sable. Les substrats durs accueillant un nombre d’espèces beaucoup plus élevé, on pourrait s’en réjouir. Nos bancs de sable ont cependant leur propre biodiversité naturelle, qui serait complètement désorganisée par ce changement. »
Afin de réagir aux éventuelles conséquences négatives, Francis et ses collègues surveillent minutieusement les nouveaux écosystèmes. « Il n’est cependant pas certain qu’il soit encore possible d’intervenir à ce moment-là, prévient Francis. Au moment de constater un effet négatif, il est souvent déjà trop tard. On peut alors seulement essayer de limiter la prolifération de l’espèce nuisible, mais il est souvent impossible de l’éliminer. »
À l’avenir, la mer du Nord belge sera enrichie de 300 à 400 nouvelles éoliennes. Les études du département Gestion des écosystèmes marins (UGMM) sont indispensables pour garantir une gestion et une stratégie efficace pour notre biodiversité marine.